Depuis le 1er mars 2026, la taxe sur les petits colis bouleverse les règles du jeu pour les e-commerçants importateurs. Cette surtaxe de 2 € par article sur les envois de moins de 150 € vise directement les importations depuis la Chine, les USA ou le Royaume-Uni. Si vous sourcez vos produits hors Union européenne, vendez en dropshipping ou importez régulièrement de petites quantités, cette mesure vous concerne donc directement et impacte votre business en ligne. Obligations déclaratives, impact sur vos marges, répercussion sur vos prix : on décrypte tout ce que vous devez savoir pour rester conforme, mais aussi compétitif !
À retenir :
- Une taxe de 2 € par article douanier (code SH6) sur les importations < 150 € en provenance de pays hors UE s’applique depuis le 1er mars 2026.
- Vous êtes redevable si vous importez pour revendre (modèle BtoB, dropshipping, marketplace, vente en ligne).
- La taxe s’ajoute aux droits de douane, à la TVA et aux frais de gestion transporteur : l’impact sur votre marge est donc considérable.
- Évolution à anticiper : à partir du 1er juillet 2026, ajout d’une taxe européenne de 3 € (risque de double taxation temporaire jusqu’en novembre 2026).
Qu’est-ce que la taxe sur les petits colis ?
La taxe sur les petits colis (TPC) est une nouvelle taxe de 2 € par article douanier qui s’applique aux importations de marchandises d’une valeur inférieure à 150 € en provenance de pays tiers à l’Union européenne.
Entrée en vigueur le 1er mars 2026 dans le cadre de l’article 82 de la loi de finances pour 2026, cette taxe vient s’ajouter aux droits de douane et à la TVA à l’importation déjà existants.
Attention : la taxe petits colis est distincte des droits de douane classiques et de la TVA. Elle constitue un prélèvement supplémentaire qui impacte directement votre prix de revient.
Pourquoi cette nouvelle taxe ?
Le gouvernement a mis en place cette mesure pour plusieurs raisons :
- Freiner la concurrence déloyale des plateformes chinoises comme Shein, Temu ou AliExpress qui inondent le marché européen de produits à très bas prix
- Financer les coûts des contrôles douaniers liés à l’explosion des petits colis importés
- Protéger les commerçants européens face à une concurrence jugée déloyale
- Lutter contre la fast fashion et encourager des modes de consommation plus responsables
Cette mesure est provisoire et devrait être remplacée par un dispositif européen harmonisé prévu pour novembre 2026, dans le cadre de la suppression progressive des franchises douanières au niveau de l’UE.
Qui doit payer la taxe sur les petits colis ?
Êtes-vous redevable de cette taxe ?
La taxe sur les petits colis doit être acquittée par le redevable de la TVA à l’importation. Concrètement, vous êtes concerné si vous êtes dans l’une de ces situations :
- Importateur enregistré : vous achetez des marchandises hors Union européenne pour les revendre en France
- Vendeur marketplace : vous importez vos stocks depuis la Chine, les États-Unis ou tout autre pays tiers
- Dropshipper : selon votre modèle (direct fournisseur vers client ou passage par votre stock)
- Plateforme e-commerce : vous servez d’intermédiaire entre vendeurs étrangers et clients français
- Opérateur enregistré IOSS : vous utilisez le guichet unique à l’importation
Voici un tableau récapitulatif pour y voir plus clair :
| Votre situation | Redevable de la taxe ? | Qui paie concrètement ? |
|---|---|---|
| Vous importez des stocks depuis la Chine pour revendre | Oui | Vous (ou votre déclarant en douane) |
| Dropshipping : fournisseur étranger livre directement votre client en France | Oui | Vous ou le fournisseur selon contrat |
| Vous vendez des produits fabriqués en France | Non | – |
| Vous vendez des produits provenant d’autres pays de l’UE vers la France | Non | – |
| Vous êtes enregistré au guichet unique IOSS | Oui | Vous (déclaration mensuelle) |
Cas particulier des vendeurs IOSS
Si vous êtes enregistré au guichet unique à l’importation (IOSS), la Direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI) a mis en place un dispositif spécifique.
Vous pouvez vous enregistrer via une démarche numérique dédiée pour recevoir mensuellement par email les données de liquidation de la taxe issues des déclarations H7 dans lesquelles votre numéro IOSS est indiqué.
Les données transmises incluent :
- Numéro de déclaration en douane
- Identifiant et nom du déclarant
- Date de bon à enlever
- Nombre d’articles (codes SH6) présents dans la déclaration
- Montant de la taxe petits colis pré-liquidé
Important : vous devez détenir un numéro SIREN pour procéder à cet enregistrement. Si ce n’est pas le cas, inscrivez-vous au préalable via le guichet unique des formalités d’entreprises.
Comment fonctionne la taxe sur les petits colis ?
Les importations concernées
La taxe s’applique uniquement aux marchandises qui remplissent toutes ces conditions :
- Valeur intrinsèque inférieure ou égale à 150 €
- Provenance d’un pays tiers à l’Union européenne (Chine, États-Unis, Royaume-Uni depuis le Brexit, Turquie, Japon, Canada, etc.)
- Destination : France métropolitaine, Monaco, Martinique, Guadeloupe ou La Réunion
- Déclaration via la procédure simplifiée H7 (DELTA H7)
Territoires exclus : les importations vers Mayotte, la Guyane et Saint-Martin ne sont pas concernées par cette taxe.
De même, les échanges entre l’Hexagone et les départements et régions d’Outre-mer ne sont pas soumis à la taxe petits colis.
Calcul du montant : comprendre la notion d’article
Voici le point le plus important à comprendre : la taxe ne s’applique pas par produit acheté, mais par article de marchandise au sens douanier.
Un « article » correspond à une catégorie de produits identifiée par un code tarifaire douanier à 6 chiffres (appelé code SH6 dans la nomenclature du Système Harmonisé).
Concrètement, si vous importez 100 t-shirts identiques, ils appartiennent tous au même code SH6 et constituent donc 1 seul article douanier = 2 € de taxe.
En revanche, si vous importez 50 t-shirts, 30 pulls et 20 pantalons dans le même colis, vous avez 3 articles douaniers différents = 6 € de taxe (3 × 2 €).
Voici des exemples concrets pour e-commerçants :
| Votre importation | Nombre d’articles douaniers | Montant de la taxe petits colis |
|---|---|---|
| 100 t-shirts identiques | 1 article (même code SH6) | 2 € |
| 50 t-shirts + 30 pulls | 2 articles distincts | 4 € |
| 20 produits cosmétiques différents (crèmes, shampoings, parfums…) | Entre 2 et 20 selon les codes SH | 4 € à 40 € |
| 1 colis mixte : textile + accessoires + chaussures | 3 articles minimum | 6 € minimum |
Recommandation business : privilégiez les importations homogènes (un seul type de produit par envoi) pour limiter le montant de la taxe.
Frais de douane : quel coût total à l’importation ?
Calcul complet des frais d’importation
La taxe petits colis ne vient pas seule. Elle s’ajoute à tous les autres frais liés à l’importation de marchandises. Voyons le coût réel d’une importation avec un exemple concret.
Exemple : vous importez 100 t-shirts à 5 € pièce depuis la Chine (valeur totale 500 €). Vous les répartissez en 2 colis de 250 € chacun pour respecter le seuil des 150 €… Mauvaise idée ! Voici pourquoi :
| Poste de coût | Colis 1 (250 €) | Colis 2 (250 €) |
|---|---|---|
| Valeur de la marchandise | 250 € | 250 € |
| Transport + assurance | 30 € | 30 € |
| = Base taxable douanière | 280 € | 280 € |
| Droits de douane textile (exemple : 12 %) | 33,60 € | 33,60 € |
| Taxe petits colis | 2 € (1 article SH6) | 2 € (1 article SH6) |
| TVA à 20 % sur (280 + 33,60) | 62,72 € | 62,72 € |
| Frais de gestion transporteur/commissionnaire | 15 € | 15 € |
| TOTAL des frais par colis | 113,32 € | 113,32 € |
| Coût total par colis | 363,32 € | 363,32 € |
Coût réel unitaire par t-shirt : (250 + 113,32) ÷ 50 = 7,27 € au lieu de 5 €
Impact sur votre marge : +45 % sur votre coût d’achat initial !
Et si vous aviez importé les 500 € en un seul envoi dépassant 150 € ? La taxe petits colis ne se serait pas appliquée… mais les droits de douane classiques auraient été calculés sur la totalité. L’optimisation nécessite une analyse au cas par cas.
Droits de douane selon les pays d’origine
Les taux de droits de douane varient selon le pays d’origine et la nature des produits :
- Chine : taux variables selon le produit (textile : 8-12 %, électronique : 0-14 %, chaussures : 8-17 %)
- États-Unis : généralement entre 0 et 10 % selon les produits
- Royaume-Uni (post-Brexit) : désormais considéré comme pays tiers, soumis aux mêmes droits que les autres pays hors UE
- Turquie : bénéficie d’un accord douanier partiel sur certains produits
- Japon, Canada, Australie : droits variables selon les accords commerciaux
Conseil pratique : avant d’importer, vérifiez le code tarifaire douanier (SH6) de vos produits sur le site officiel des douanes françaises pour connaître les taux applicables.
Comment déclarer et payer la taxe petits colis ?
Déclaration via DELTA H7
Pour les envois de moins de 150 €, vous devez utiliser la procédure de déclaration simplifiée DELTA H7.
Cette déclaration nécessite :
- L’identification précise de chaque article avec son code SH6 (code tarifaire à 6 chiffres)
- La valeur de la marchandise
- Les frais de transport et d’assurance
- Votre numéro EORI (Economic Operator Registration and Identification)
La taxe de 2 € par article est automatiquement liquidée lors de la déclaration H7 en fonction du nombre d’articles distincts déclarés.
Si vous importez des volumes importants ou des envois d’une valeur supérieure à 150 €, vous devrez passer par une déclaration classique via DELTA IE (volet Import).
Modalités de paiement
La taxe doit être payée au moment du dédouanement, soit :
- Via votre déclarant en douane (commissionnaire agréé ou transitaire) qui avance les frais et vous les refacture
- Directement si vous êtes enregistré comme importateur et gérez vous-même vos déclarations douanières
Le paiement se fait généralement par virement ou prélèvement automatique selon votre accord avec les douanes ou votre prestataire.
Obligations comptables
D’un point de vue comptable, la taxe petits colis doit être traitée ainsi :
- Comptabilisation en charges : compte 635 « Autres impôts, taxes et versements assimilés (droits de douane) »
- Non récupérable : contrairement à la TVA à l’importation qui est récupérable si vous êtes assujetti, la taxe petits colis constitue une charge définitive
- Impact sur votre prix de revient : elle augmente directement votre coût d’achat unitaire
Cette charge vient donc directement impacter votre marge brute. Il est essentiel d’en tenir compte dans votre politique tarifaire.
À partir de quand la taxe s’applique-t-elle ? Le point sur le calendrier
La mise en place de la taxe petits colis suit un calendrier précis qu’il est crucial de connaître pour anticiper l’évolution de vos coûts :
1er mars 2026 : entrée en vigueur de la taxe française de 2 € par article (actuellement en vigueur)
1er juillet 2026 : ajout d’un droit de douane forfaitaire européen de 3 € par article sur certains flux (notamment les importations déclarées via IOSS)
Novembre 2026 (date prévisionnelle) : remplacement de la taxe française provisoire par le dispositif européen harmonisé de frais de gestion
Attention à la double taxation
Entre le 1er juillet et novembre 2026, il existe un risque de double taxation temporaire sur certaines importations :
- Taxe française : 2 €
- + Droit forfaitaire UE : 3 €
- = 5 € par article pendant plusieurs mois
Cette période de transition peut avoir un impact significatif sur votre rentabilité. Anticipez dès maintenant cette hausse dans vos prévisions financières du second semestre 2026.
Impact business : quelles options pour votre stratégie e-commerce ?
Répercuter ou absorber la taxe ?
Face à cette nouvelle charge, vous avez trois options stratégiques :
Option 1 : Répercuter intégralement la taxe sur vos prix de vente
Avantage : préservation de votre marge
Inconvénient : risque de perte de compétitivité face aux concurrents qui absorbent
Conseil : si vous choisissez cette option, procédez à une augmentation progressive et communiquez de manière transparente avec vos clients sur les raisons (nouvelle réglementation fiscale, coûts d’importation en hausse).
Option 2 : Absorber totalement le surcoût
Avantage : maintien de votre compétitivité prix
Inconvénient : érosion directe de votre marge
Cette solution n’est viable que si vous disposez de marges confortables ou si vous pouvez compenser par une augmentation de volume.
Option 3 : Adopter une réponse hybride (recommandée)
Absorber partiellement la taxe et optimiser d’autres leviers :
- Légère hausse de prix sur produits à forte marge
- Réduction des frais de port gratuits (seuil plus élevé)
- Stratégie d’upselling et de cross-selling pour augmenter le panier moyen
- Optimisation des coûts logistiques ailleurs
Optimiser vos importations pour limiter la taxe
Plusieurs stratégies légales permettent de réduire l’impact de la taxe petits colis :
Regrouper vos importations par code tarifaire
Au lieu d’importer 10 types de produits différents (10 codes SH6 = 20 €), concentrez vos envois :
- Envoi 1 : tous vos t-shirts (1 code SH6 = 2 €)
- Envoi 2 : tous vos pantalons (1 code SH6 = 2 €)
- Économie : 16 €
Privilégier les envois supérieurs à 150 €
La taxe petits colis ne s’applique qu’aux envois inférieurs à 150 €. Au-delà, seuls les droits de douane classiques s’appliquent.
Attention : cette stratégie nécessite un calcul précis. Les droits de douane sur un envoi de 200 € peuvent dépasser les 2 € de taxe petits colis + droits sur un envoi de 140 €.
Sourcer davantage auprès de fournisseurs européens
Des pays comme le Portugal, la Pologne, la Roumanie ou la Bulgarie offrent des coûts de production compétitifs avec de nombreux avantages :
- Pas de taxe petits colis
- Pas de droits de douane
- Délais de livraison réduits (3-7 jours vs 3-4 semaines)
- Meilleure traçabilité et contrôle qualité
- Réduction de l’empreinte carbone (argument marketing)
Négocier avec vos fournisseurs actuels
Contactez vos fournisseurs chinois ou américains pour :
- Leur demander de prendre en charge la taxe
- Négocier une baisse de prix d’achat équivalente
- Obtenir des remises sur volume pour compenser
Beaucoup de fournisseurs préfèrent baisser légèrement leurs prix plutôt que perdre un client.
Étudier la relocalisation partielle de votre production
Au-delà de l’aspect fiscal, le « Made in France » est aujourd’hui un argument commercial de plus en plus fort :
- Valorisation auprès des consommateurs
- Éligibilité à des aides publiques (France Relance, aides régionales)
- Réduction des délais et des aléas logistiques
Gestion comptable de la taxe petits colis
Sur le plan comptable, voici comment traiter la taxe petits colis :
Compte à utiliser : 635 – « Autres impôts, taxes et versements assimilés (droits de douane) »
Cette taxe s’apparente aux droits de douane et doit être comptabilisée comme une charge d’exploitation non récupérable.
Important : contrairement à la TVA à l’importation qui est récupérable via la déclaration de TVA, la taxe petits colis constitue une charge définitive. Elle vient donc directement impacter votre résultat net.
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